Roman

Première Partie (Sophie) – Chapitre Un

Samedi, 30 juin

Dans le décor d’un de ces nombreux bars du Vieux Montréal, rue St-Paul, je me laisse transportée par une musique entraînante interprétée par la crème des chansonniers de notre belle province. Un bon vodka-orange à la main et entourée de mes deux meilleures amies, voilà le mieux que j’ai trouvé pour affronter à nouveau le fameux monde du célibat.

 -         Combien de temps d’attente serait considéré raisonnable avant de me remette en mode séduction?

-         Ça fait déjà trois semaines que tu es célibataire. C’est bien assez pour remettre ton radar à “ON” ce soir quant à moi! me répond Claudie, l’autre célibataire de notre trio. Et j’oserais même ajouter célibataire endurcie puisque cela fait maintenant trois ans que le seul mâle stable dans sa vie demeure son coloc et j’ai nommé Félix le chat.

-         Une minute… il est quand même déménagé que ce matin. Personnellement, je trouve que ce soir c’est un peu trop tôt, nous dit Isabelle, la plus raisonnable d’entre nous.

Quand j’y pense, je revois encore Sébastien, se tenant là, sur le pas de la porte, à me souhaiter bonne chance dans ma vie future pendant que moi, je ne pensais qu’à la refermer et du même coup, oublier les onzes derniers mois.

Je peux avoir l’air bête comme ça mais ce genre de situation me rend complètement mal à l’aise. Bien que je n’en suis pas à ma première rupture amoureuse, je n’ai encore aucune idée de comment réagir dans de telles circonstances. Dans le fond, y a-t-il une façon adéquate de réagir?

Pendant ce temps-là, Sébastien était toujours là à attendre je-ne-sais-quoi de ma part. En fait, il attendait pour rien puisque je n’avais aucunement l’intention de le retenir. Ma décision était belle et bien prise et j’attendais son départ avec impatience.

 -         Bon n’éternisons pas les adieux, veux-tu? Ça ne sert à rien de se faire plus de mal qu’il n’en faut.

En le regardant partir, j’entendais déjà ma mère me sermonner sur le fait d’avoir une fois de plus gâché ma vie. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai pas encore osé lui faire part de ma décision et que, depuis tout ce temps, j’évite le souper familial hebdomadaire. Je n’ai absolument pas envie de me faire poser des questions sur l’absence de Sébastien.

Pourtant, les raisons pour lesquelles je l’ai quitté sont fort simples et se résument même en un seul mot, soit incompatibilité. À 33 ans, Sébastien est rendu au stade de la petite vie de couple stable : maison de banlieue, deux ou trois bébés et bien sûr, le gentil Golden Retriever. Tout le contraire de moi en fait.

-         Sophie, j’espère que Marc va prendre exemple sur ton chum, m’avait alors dit Isabelle il y a quelques semaines.

-         Exemple sur quoi?

-         Bien, il me semble que ce ne serait pas une mauvaise idée que nous soyons fiancés nous aussi, depuis le temps que nous sortons ensemble.

-         Fiancée? Moi, fiancée à Sébastien Delorme?

Hé oui! Il y a tout juste un mois, je venais d’apprendre que mon chum avait l’intention de me fiancer à l’épluchette de blé d’îndes annuelle de Marc et Isabelle qui doit avoir lieu dans quelques semaines.

Là ça en était trop. Ça allait trop vite. Sébastien allait vraiment trop vite. Il n’était pas question que je me fiance avec lui. Pour moi, la petite vie de couple stable après seulement onze mois de fréquentation s’avèrait (et s’avère toujours) être un engagement que je ne suis pas du tout prête à assumer. Il me fallait agir vite car je ne voulais tout de même pas l’humilier devant témoins.

C’est alors que je me suis mise à regretter le jour où nous avons décidé qu’il pouvait emménager chez-moi. Car oui, c’est en plein ce jour-là que notre couple a consenti inconsciemment à sa mort.

En effet, les huit premiers mois étaient parfaits. Nous avions chacun notre demeure. La relation évoluait à un rythme normal, sous l’influence de la passion. Nous faisions pleins d’activités en couple ou entre amis. La platitude n’était point présente. Et finalement, mes moments de solitude faisaient en sorte que je m’ennuyais de lui, donc j’étais toujours bien heureuse lorsque je me retrouvais dans ses bras.

La relation fut ainsi parfaite jusqu’au mois d’avril dernier. Je me rappelle, c’était le premier mardi du mois. Sébastien et moi étions allé mangé à la Cage aux Sports pour regarder nos Glorieux gagner contre Boston. Une belle victoire de 2 – 0.

L’ambiance était particulièrement à la fête et c’est pendant ce repas, au premier entracte, qu’il me fit part d’une idée qu’il croyait alors géniale.

Le meilleur ami de son colocataire se cherchait un endroit où rester. En apprenant cela, Sébastien avait penser que cela pouvait être une excellente opportunité pour notre couple. Ainsi, nous pourrions emménager ensemble et du même coup l’ami de son colocataire pourrait prendre sa place dans le logement. Aussi simple que ça.

Par contre, je n’avais pas envie de quitter mon superbe logis : un magnifique 3 1/2 pièces au-dessus d’un garage loué à une entreprise qui fait de la poterie. Je n’ai ainsi aucun voisin direct et par le fait même, j’ai la sainte paix. Sans compter que je n’avais point d’énergie à investir dans un déménagement. C’est donc pour la somme de toutes ces  raisons que nous avons convenu au deuxième entracte que Sébastien pourrait venir rester chez-moi. Bien entendu, après qu’il m’ait convaincu que c’était la meilleure idée qui soit pour nous deux.

-         C’est tout à fait normal d’avoir peur ma belle Sophie mais il ne le faut pas. Nous sommes simplement rendus à une nouvelle étape de notre relation.

-         Ne trouves-tu pas que cela va un peu trop vite?

-         Pas du tout. Je t’aime et je sais ce que je veux. Je veux être avec toi. Ne ressens-tu pas la même chose pour moi trésor?

J’ai donc répondu ce qu’il voulait entendre. Mais c’est au moment où il m’a surnommée “trésor” que j’aurais dû me douter que la vraie réponse était tout le contraire. Et à ce moment-là, question d’être fidèle à moi-même, j’aurais été dans l’obligation de me sauver à toute vitesse dans l’autre direction.

Pour bien comprendre disons simplement que je détestais horriblement sa façon de me surnommer continuellement par un de ces petits sobriquets quétaines, question de me démontrer son amour. Et cela est sans compter toutes les autres petite manies du genre qui me dérangeaient déjà avant même que je ne demeure avec lui. C’est peu dire que c’était perdu d’avance.

Mais, puisqu’il n’y a pas plus naïve que moi et que ma raison (et surtout mon entourage) me disait que je ne trouverais jamais plus un gars aussi bien que lui, j’ai eu peur de le perdre et alors j’ai acquiescé à sa demande sans trop me poser de questions. Il emménagea donc chez-moi la fin de semaine suivante et c’est à partir de ce moment là que tout se mit à dégringoler à une vitesse fulgurante.

C’est que mes envies de sorties et de partys étaient encore présentes alors que les envies de stabilité et de tranquilité de Sébastien prennaient de plus en plus de place. Les soirées tranquilles à la maison se sont alors mulitpliées autant que les insatisfactions de ma part. C’est peu dire que la routine s’est installé plutôt rapidement et il faut bien comprendre que la routine et moi ne faisont pas bon ménage.

Malgré tout, j’ai tenté de me convaincre que toute cette platitude était normale et saine pour moi et mon évolution. Puis finalement, je me disais que je pouvais bien accepter de vivre ainsi par amour pour Sébastien. Avec le temps, je m’y ferais. Mais des fiançailles… Ça… Non!! C’était la goutte pour faire déborder le vase.

Donc, en y réfléchissant bien, le choix n’était pas bien difficile à faire. Je devais rompre. J’en suis venue à la conclusion que Sébastien n’était pas arrivé au bon moment dans ma vie et je ne pouvais tout de même pas le retenir dans une relation insatisfaisante pour lui et à l’inverse, endurer une relation insatisfaisante pour moi.

Ce n’était pas une question d’amour. Dans le fond. j’aime beaucoup Sébastien. Il est vraiment beau garçon, charmant, intelligent, travaillant et stable. Il a tout ce qu’une femme peut espérer d’un homme. C’est pourquoi il mérite amplement d’avoir tout ce qu’il désire. C’est donc dans cette optique que j’ai décidé de le quitter pour qu’ainsi, il puisse enfin trouver la femme parfaite pour lui, c’est-à-dire, celle qui voudra aussi vivre le gentil rêve américain.

Bien que mon deuil a bel et bien été fait pendant les quelques semaines de reflexion que nous nous étions accordées avant de prendre notre décision finale, je sais très bien qu’Isabelle n’a pas tort. Vingt-quatre heures ne se sont même pas encore écoulées depuis qu’il a quitté officiellement l’appartement. De manière à demeurer “Politically correct”, je devrais demeurer tranquille, du moins pour cette soirée. Mais…

-         Tant pis pour ce qui est raisonnable. Dominic est trop croquable ce soir!

Ah… ce cher Dominic, fameux chanteur du groupe Les Bigwheels. Il est mon plus grand fantasme des deux dernières années 

-         Je ne comprends tellement pas comment tu peux le trouver aussi sexy. Tu m’as habituée à des standards beaucoup plus élévés en matière de beauté masculine. Coudonc, que se passe-t-il avec toi Sophie? me questionne Isabelle avec un de ses regards inquisiteurs auxquels il m’est impossible d’échapper.

Pour comprendre, il faudrait remonter deux ans en arrière, à l’époque où Claudie et moi formions tout un duo de célibataires. Ce n’est pas que nous boycottions Isabelle mais à cette époque, elle était moins présente, plutôt occupée à prendre soin d’un adorable petit bout’chou à qui elle venait de donner naissance.

Donc, par un beau vendredi soir de juin, Claudie croisa Dominic dans un de ces bars où nous adorons aller prendre un verre et décida alors de prendre de ses nouvelles.

-         Que se passe-t-il de bon avec toi ces temps-ci? lui demanda-t-elle au même moment qu’elle lui offrait ses joues pour les becs de convenance.

Et voilà qu’il se mit à lui raconter que le groupe entrait bientôt en studio pour le prochain album et qu’il avait bien hâte qu’elle puisse entendre le nouveau matériel. Bla bla bla… Bla bla bla…

-         Au fait, je te présente Sophie, une très bonne amie à moi.

Au bout d’une dizaine de minutes, Claudie s’était enfin rappelé mon existence et avait eu la brillante idée de me présenter. Ce fut une très bonne action en soit car à ce moment-là je commençais à me demander si j’avais les mots “belle tarte” d’affichés sur le front à force de rester plantée comme un piquet à leurs côtés.

Après m’avoir salué, Dominic pris quelques secondes (qui m’ont semblé durer des heures), pour me regarder de la tête au pieds et finir par me bafouiller un quelconque « Demeures-tu à Montréal? ».

-         Pas tout-à-fait… Je suis plutôt une 450 moi monsieur. Une performance qui laissait alors à désirer avec l’utilisation d’un humour douteux sur le code régional de mon numéro de téléphone.

Voilà donc une première impression complètement ratée de part et d’autre, et pourtant, j’étais totalement séduite. Le fait qu’il avait passé un semblant d’éternité à chercher les mots parfaits pour cet instant et qu’il n’avait réussi qu’à me dire une phrase des plus banales s’est avéré, à mes yeux, une gaffe tout-à-fait charmante. Je ne croyais pas pouvoir en dire autant à l’inverse.

-         On se rejase un peu plus tard, c’est notre tour de monter sur la scène, qu’il nous dit alors à la sauvette.

-         Parfait!

Après une rencontre aussi agréable, il me tardait de l’entendre chanter. D’ailleurs, deux ans plus tard, je ressens toujours cette hâte d’entendre sa belle voix mélodieuse quand Les Bigwheels sont à l’affiche.

-         Êtes-vous prêt à faire le party avec nous autres? nous crie Dominic, question de donner le ton à la soirée.

-         Et comment! Je ne fais pas garder le p’tit pour rien quand même! répond une Isabelle qui n’est pas sortie depuis plusieurs semaines, voire des mois. D’ailleurs, il est fort apparent sur son visage que cette soirée de filles lui fait un bien énorme.

En tout cas, les gars sont vraiment en grande forme. Les chansons se succèdent à un rythme fou et la boisson en fait tout autant, du moins dans mon cas. Nous chantons et dansons toute la soirée comme si il n’y avait personne pour nous entendre ni même nous regarder. Il est fort à parier que la quantité d’alcool ingurgitée est en partie la cause de cette impression car en réalité, il doit être impossible de ne pas nous remarquer. Même que nous avons probablement l’air de trois folles sortant tout droit de l’asile mais nous avons beaucoup de plaisir et c’est tout ce qui nous importe à ce moment-là.

-         Déjà 1h50… La soirée passe vraiment trop vite! s’exclame Isabelle en regardant sa montre.

En début de soirée Isabelle nous avait mentionné qu’elle ne nous quitterait pas trop tard. Toutefois, avec tout le plaisir qu’elle a, elle est demeurée avec nous plus longtemps que prévu. Par ailleurs, en regardant mes deux complices s’amuser autant, j’en viens à la conclusion que l’on peut appeler ça une soirée réussie. Du moins, c’est ce que je croyais… mais Claudie est venu mettre le doute dans mon esprit. 

-         Je ne t’avais pas dit ça que Dominic est de nouveau célibataire lui aussi?

-         QUOI? 

Ok… À voir la quantité de monde autour de moi qui, tout d’un coup, me dévisage, j’en viens  à la conclusion que j’ai peut-être crié un peu trop fort.

-         Ça fait combien de temps que tu es au courant? 

-         Environ deux ou trois semaines, il me semble. Mais ça fait environ trois mois qu’il a laissé Marie. Il a sûrement fini par se tanner de ses crises de jalousies à répétition.

-         Et quand pensais-tu m’en faire part, dis-moi? lui demandai-je en mimant de l’égorger.

Bien entendu, avec cette nouvelle information, il est maintenant très clair dans mon esprit que la soirée ne peut pas être considérée réussie tant et aussi longtemps que Dominic n’est pas étendu à mes côtés, mon fantasme des deux dernières années enfin comblé. Et, il n’est surtout pas question que cette fois-ci je manque mon coup. En effet, au cours de la fameuse soirée de notre rencontre, je n’avais pu m’empêcher de l’accrocher à sa descente de scène.

-         Dom, dis-moi… As-tu une copine?

-         Oui, pourquoi?

-         Dommage, si tu savais toutes les images perverses qui me traversent l’esprit quand je te regarde.

-         Ahh merde! Je ne peux pas! Je suis vraiment en amour! Je ne peux vraiment pas! Merde! J’aime trop ma blonde pour lui faire ça! Je ne peux pas! Je suis désolé! bafouilla-t-il alors sur le ton le moins convaincant que j’avais entendu de toute ma vie (et j’exagère à peine).

Par la suite, je me suis longtemps demandé qui est-ce que Dominic avait essayé de convaincre le plus cette fois-là : moi ou lui? Et que dire de Claudie qui ne semblait pas croire ce qu’elle venait d’entendre?

-         Pauvre cocotte! Faut croire qu’il est rendue un gars fidèle maintenant, qu’elle m’avait dit sur un ton qui semblait me prendre en pitié.

-         Parce qu’ il n’avait pas tendance à l’être dans le passé?

-         Pas dans mon souvenir, qu’elle ajouta en riant.

Finalement, je me souviens de ne pas avoir été bien heureuse d’apprendre que j’arrivais trop tard pour goûter au fruit défendu. Qu’à cela ne tienne, c’était tant pis pour Monsieur Fidèle. 

-         Les filles, il faut absolument que je le baise cette nuit!

-         Es-tu certaine que c’est un réel désir que tu éprouves pour lui? Es-tu certaine de ne pas seulement être tentée par le fait que tu n’as jamais réussi à l’avoir jusqu’à maintenant? me questionne Isabelle.

C’est alors que je me suis mise à la questionner à mon tour, avec insistance, sur son propre désir pour son homme. Marc et elle ont eu une période difficile après la naissance de Thomas, ce qui a occasionné entre autres des pannes de désir de la part d’Isabelle. Par contre, quand j’y repense, j’admets que j’ai légèrement exagéré en l’attaquant ainsi.

-         Je m’excuse. Tiens, c’est ma tournée. À quoi buvons-nous?

-         À nous trois voyons donc! répond Claudie s’immisçant alors dans notre réconciliation. De toute manière cette dernière ne nous laissait guère d’autres choix de réponse. Je pense à ça Sophie! Je peux t’aider à t’approcher du but que tu t’es fixé pour ta fin de soirée.

-         Arrête de me faire languir avec ton petit sourire puis explique ton idée.

-         À la fin de la prestation des Bigwheels, il faut que j’aille saluer Sam. À la quantité de clin d’œil qu’il me fait depuis notre arrivée dans le bar, je vais aller me négocier une fin de soirée agréable. Finalement, tu n’as qu’à faire pareil avec Dom.

Je tiens à préciser que le courant passe très bien entre Samuel Côté, le batteur des Bigwheels, et ma meilleure amie et, ce, depuis qu’ils ont fait connaissance. D’ailleurs, au cours de la dernière année, elle a vécu quelques aventures sans lendemain avec lui. Elle m’a même confié dernièrement avoir fantasmé à quelques reprises qu’il reste à dormir chez-elle pour qu’elle puisse se blottir dans ses bras une nuit durant. Mais Sam part toujours à la sauvette après leurs ébats, question de ne pas éveiller les soupçons de sa blonde. À cause de cela, j’ai énormément peur qu’il finisse par la blesser.

C’est donc pour cette raison que je lui fait promettre de faire bien attention à son petit cœur. Ce qu’elle fait aussitôt. Et sur ce, je la prends dans mes bras l’instant d’une grosse accolade. Isabelle en profite alors pour se joindre à nous : 

-         Les filles, il faut vraiment que je parte. On se redonne des nouvelles ok?

-         Ciao Bella! Oublie pas de me lâcher un coup de fil cette semaine quand tu auras deux minutes à toi.

Quand je la regarde, j’ai tellement l’impression qu’elle n’a plus le temps de vivre pour elle. La vie de famille demande un don de soi énorme et j’avoue que cela me fait peur. Des fois, je me demande si avoir des enfants vaut vraiment le coup de mettre sa liberté de côté et de s’oublier autant. N’y a-t-il pas moyen de doser à la fois l’éducation des enfants et vivre pour soi? 

-         Youhou… Sophie… Sors de la lune! Le groupe descend de scène. C’est l’heure des négociations. Tu viens? me lance Claudie en m’accrochant par la main.

Avant même d’avoir le temps de répondre, elle me tire derrière elle. 

-         Salut ma belle! dit Sam en voyant Claudie arriver. 

Il s’approche d’elle pour lui faire une légère étreinte et l’embrasser sur les joues. En public, Sam fait énormément attention à sa façon de réagir avec elle. J’appelle ça la prudence de l’infidèle. 

-         Ahhh ben si ce n’est pas notre belle Claudie? 

-         Salut Dom! Comment est-ce qu’il va?

-         Super bien maintenant que je te vois.

-         Charmeur va! En passant, te rappelles-tu de Sophie? lui dit-elle en me pointant du doigt.

Ahhh que j’ai le goût de l’étrangler! En fait, Claudie est très fière de son coup. D’ailleurs ça se voit bien à son sourire haïssable tel une petite fille qui vient de faire un mauvais coup. Dans le fond, elle le sait très bien que, malgré les apparences, je suis extrêmement timide, surtout en présence d’un gars qui m’intéresse. Par contre, en agissant ainsi, elle est certaine de ne pas me voir me défiler. Je ne peux plus reculer maintenant, orgueil oblige. 

-         Bien sûr que je me rappelle d’elle, dit Dominic en se tournant vers moi.

Il en profite alors pour s’approcher de moi et m’embrasser sur les joues. L’instant d’une seconde, j’ai senti mes genoux fléchir. J’ai même dû m’accrocher à son bras pour ne pas tomber au sol.

En voyant ma réaction, Sam se met de la partie :

-         Sophie, as-tu chaud? Il me semble que t’as les joues pas mal rouges.

Effectivement, je sens la chaleur se dégager de mes joues. Moi qui voulais faire mieux que la première fois, je ne trouve pas cela très réussi. À croire que j’ai vraiment un mauvais karma pour ce qui est de faire bonne impression. Sans compter que Dominic se penche vers moi et en me disant tout bas : 

-         Ne t’en fais pas.. ça te va très bien!

Là, c’est sûr que je suis rendue rouge écarlate. Toutes mes pensées sont alors concentrées à me visualiser en train de sacrer une claque à Sam mais, au moment de vouloir mettre mon désir à exécution, je m’aperçois que Sam et Claudie se sont éloignés de nous. Les connaissant bien, leurs sourires m’en disent long sur leur complicité. Malgré cette impression de jouer les voyeuses, je ne peux m’empêcher de les observer du coin de l’œil. C’est si beau la passion à l’état brut.

Et c’est pendant que je cherche un sujet pour discuter avec Dominic que nos deux tourtereaux se retournent vers nous pour nous envoyer la main avant de quitter l’endroit. J’en profite alors pour envoyer un clin d’œil à Claudie question de souligner sa réussite. Conclusion : elle est une très bonne négociatrice.

Et moi dans tout ça? Me voilà seule avec Dominic, dans ce bar, à des kilomètres de chez-moi, et avec la meilleure excuse qui soit. Je prends donc mon courage à deux mains et me retourne vers lui :

-         Apparemment que je n’ai plus de “lift”. Penses-tu que tu pourrais me reconduire chez-moi?     

-         Ça va me faire extrêmement plaisir!

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